Education à la Paix : « Que faire quand la situation dépasse notre mission ? »

Le jeudi 27 mai dernier, un petit groupe de l’équipe d’animateurs Education à la Paix (EAP) s’est réuni autour du thème « Que faire quand la situation dépasse notre mission ? » dans le cadre d’une soirée enrichissement des pratiques.
En introduction de ce moment, Nathalie Chavanne, animatrice bénévole, a rappelé combien les débriefings entre animateurs étaient importants pour mieux appréhender l’évolution des groupes d’élèves et des cycles d’animation ou partager certaines expériences. C’est un peu la vocation qu’ont ces soirées Enrichissement des pratiques : Réfléchir ensemble aux solutions que l’on peut apporter dans certaines situations délicates, échanger de bonnes idées.
Un membre de l’Ecole de la Paix, Jean-Pierre Court, était également présent. Il suit en observateur les animations EAP depuis quelque temps, intéressé par un possible rapprochement ou partenariat des 2 structures. L’Ecole de la Paix s’attache à développer une culture de Paix, une approche systémique du Vivre Ensemble. Elle se compose de trois pôles : éducation, médiation et recherche et repose essentiellement sur la diffusion de manuels et d’outils auprès d’enseignants et professionnels. Contrairement à Initiatives et Changement, l’Ecole de la Paix n’offre pas d’intervention de gens extérieurs, bénévoles ou non.

Un bref échange sur les expériences récentes en animation des uns et des autres a soulevé rapidement la question de ces « jeunes qu’on ne sait pas comment prendre. Vivants… parfois trop » qui conduisent parfois à des situations qui dépassent les animateurs. Par petits groupes, les participants ont réfléchi sur deux situations précises en se posant les questions suivantes:
- Dans cette situation, qu’est ce qui pose problème ?
- Qu’est ce qui rentre dans le cadre de notre mission ?
- Qu’est ce qui dépasse nos compétences ?
- Qu’est ce que vous feriez dans cette situation ?
- Qu’est ce que vous ne feriez pas ?
- Dans le programme EAP, quel est notre champ d’action, quelles compétences apportons-nous ?
- A quelles compétences extérieures faudrait-il faire appel ?

Dans les deux cas, il s’agit d’un ou deux élèves qui monopolisent l’attention de l’animateur. Donne-t-on la priorité au conflit que veulent aborder les enfants ou à la formation que l’on a prévue de faire ?
La mission Education à la Paix est « d’adapter ce qu’on veut faire apprendre aux enfants à la situation qu’ils sont en train de vivre et dont ils veulent parler ».
Il est important de ne pas écarter un problème, de prendre au sérieux ce qu’a dit le jeune. Il faut également privilégier le fond sur la forme : ne pas forcément s’arrêter aux termes ou au ton employé mais s’attacher à écouter le contenu et prendre le temps de s’y intéresser. « L’élève est dans l’imitation, a dit Yolande Béart, CPE, donc si on s’attache au fond du discours, l’élève se sent pris au sérieux et la forme s’adapte d’elle-même. »
Pour traiter les situations de conflits abordées par les enfants, il est nécessaire de bien identifier la nature du conflit, se saisir de l’exemple concret et vécu que les enfants soulèvent pour faire avancer l’animation, réinstaller la confiance, les aider à se questionner sur leur propre attitude.

D’un autre côté, « il ne faut pas hésiter à interrompre l’élève qui monopolise l’attention. Ne pas utiliser tout le temps de l’animation à réguler un enfant difficile. C’est important d’entretenir l’équité dans le groupe, de réintégrer l’enfant, sans le rendre prioritaire par rapport aux autres mais sans le dénigrer non plus », a rappelé Jonathan Levy, psychopédagogue, appuyé par Elise Bancon, responsable des animations : « gardons à l’esprit que cela ne rend pas forcément service à ce jeune que de focaliser sur lui. »
Pour rétablir l’équité dont parle Jonathan, plusieurs suggestions ont été faites : distribuer la parole aux autres chacun son tour en respectant ceux qui ne souhaitent pas la prendre (expression par écrit sous couvert d’anonymat par exemple), identifier s’il y a des élèves qui pensent différemment sur la situation évoquée par leur(s) camarade(s), demander si tout le monde est d’accord avec ce qui se passe, combien partagent ce point de vue, etc. Bref, rendre leur place aux autres !

Certains éléments dépassent toutefois les compétences des animateurs d’Education à la Paix. De l’enfant qui exerce une emprise sur ses camarades par son simple regard, les empêchant de s’exprimer, à celui qui exerce une pression psychologique trop forte sur les autres parce qu’il a un sac trop chargé d’expériences difficiles (violence, racket, discrimination, histoire familiale difficile), en passant par les attitudes parfois peu constructives d’enseignants dépassés, plusieurs cas de figure ont été soulevés.
Elise Bancon rappelle que dans certains cas, il faut « s’autoriser en tant qu’animateur à laisser un jeune ne pas fonctionner comme on voudrait. Si on avance, l’élève rejoindra peut-être le train plutôt que de se retrouver marginalisé. La possibilité existe qu’il reste à l’écart jusqu’au bout, mais c’est sa liberté. »
Dans tous les cas, les animateurs peuvent voir avec l’enfant concerné vers quel adulte il peut se tourner. Dans certains cas précis, la situation doit être portée devant l’équipe éducative, mais avec un devoir de réserve. L’école peut décider de faire appel à un éducateur spécialisé.

La soirée a donc été riche en idées et expériences partagées, générant des questions et apportant non pas une mais des réponses.