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« La société française est fatiguée psychiquement et l'angoisse du déclassement augmente », a déclaré le 21 février dernier dans un entretien au journal Le Monde le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, après avoir remis son rapport annuel au gouvernement, ajoutant : « Je suis inquiet car je perçois, à travers les dossiers qui me sont adressés, une société qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l'envie de vivre ensemble ».
Initiative Dialogue, actif en Ile de France, s’implique depuis dix ans dans le dialogue interculturel entre différents citoyens, en faveur de la cohésion sociale et de la paix civile. Dans ce cadre, une réunion a été organisée le samedi 22 mai au centre d’Initiatives et Changement à Issy-les-Moulineaux sur le thème : « Carrefour d’Initiatives Citoyennes ». Plusieurs personnalités sont intervenues lors de cette rencontre, toutes très engagées dans le domaine du vivre ensemble et sur le terrain en vue de la mise en place d’un nouveau modèle citoyen, au-delà de toute fracture sociale.
Maurad Cheurf, membre du comité d’orientation de la Charte de la Diversité et contributeur à l’Institut Montaigne, tout en témoignant de son propre parcours, a souligné l’importance de l’information dans les contacts avec les hommes politiques. Les implications locales et les engagements citoyens ont en effet conduit ces derniers à comprendre le poids et l’influence des meneurs d’opinion. Aussi est-ce avec des citoyens engagés qu’il a choisi de conjuguer ses efforts, ce qui lui a permis de développer un réseau lui permettant d’agir en faveur de son quartier et de sa ville.
Une démarche dans laquelle il a toujours associé l’action et la réflexion. Les quartiers sensibles et le monde de l’entreprise étaient un peu le laboratoire de son expérience, avec le souci de susciter un nouveau modèle et une action rentable pouvant générer le changement.
« Un changement qui devrait s’effectuer au niveau des cœurs et des attitudes », précise Mehrzia Labidi-Maïza, présidente du réseau français de l’association « Femmes croyantes pour la paix », mais également citoyenne engagée dans la vie associative de sa ville. Dès les premières années de son installation en France, Mehrzia a pris conscience de l’importance du dialogue que ce soit au niveau des établissements scolaires, de la vie associative ou des quartiers, où seul le dialogue permettra une compréhension et un environnement social plus sain.
Un travail difficile qui demande beaucoup de persévérance. Un travail qui nous invite à déconstruire certaines images que nous avons de l’autre et qui entravent notre vivre ensemble pour nous permettre d’effectuer un travail de reconstruction d’une nouvelle image plus réelle et plus juste. Mehrzia souligne que, parfois, un fait divers ou un évènement international pourrait malheureusement démolir tout le travail préalablement établi par le dialogue.

La responsabilité des médias n’est sans doute pas à négliger, souligne Rokhaya Diallo présidente-fondatrice de l’association « Les Indivisibles ». Evoquant le statut des Français non blancs, elle s’interroge : « Faut-il parler de Français légitimes et d’autres qui auront à se justifier » ? Touchée elle-même par la question du racisme dès ses premières années à l’ASSAS, elle se rendit compte qu’elle était noire..
En revenant dans son intervention sur les émeutes de 2005 et plus spécialement sur la situation de la ville de Clichy, où les jeunes se sentaient prisonniers, elle précise que les tensions sociales et économiques étaient bien la cause de leur révolte et non pas les questions religieuses. Décrivant les inégalités très fortes auxquelles sont confrontés ces jeunes des banlieues, elle dénonce les problèmes de précarité et de déplacement comme causes profondes de leur détresse. Elle affirme que la violence à l’égard de l’autre n’est pas d’origine raciale, et que la violence infligée, par exemple, aux femmes n’a pas, elle, d’origine, car elle touche toutes les couches sociales, quelles que soient leurs origines religieuses ou culturelles. Elle met les médias devant leur responsabilité et estime qu’ils sont complices du détournement de l’opinion publique, ajoutant que si la liberté d’expression est indispensable, il faudrait lui opposer la responsabilité.
Comment vivre dans une république des indivisibles… ? Comment devenir des indivisibles dans ce que nous voulons construire ensemble ? Elle conclut en précisant qu’« être français aujourd’hui, c’est aussi se revendiquer de la constitution et c’est aussi se revendiquer d’une république indivisible… »
Aujourd’hui, notre société est-elle assez mature pour revenir à la question essentielle : quel est donc le socle commun de nos valeurs, des valeurs qui sont sensées nous réunir dans l’équité, le respect mutuel et une dignité partagée ?
Par Jamila Labidi