Quels regards sur nos jeunes ?

Segolene Lefort, responsable du programme education à la paix (Photo: Frédéric Chavanne)Segolene Lefort, responsable du programme education à la paix (Photo: Frédéric Chavanne)

Par Ségolène Lefort

A en croire les chiffres d’un sondage de l'Observatoire de la jeunesse solidaire, 49 % des français interrogés disent avoir une image négative de la jeunesse « dans leurs comportements ou leurs actions dans la société ». Triste score !

Un peu plus loin, on découvre qu’ils sont près de six sur dix à ne pas trouver de « valeurs communes » avec cette jeune génération. Notre société tournerait-elle à l’envers ? Peur de vieillir, jeunisme à outrance et en même temps peur des ados, de ces jeunes qui, selon les articles récents, n’ont jamais été aussi violents qu’au 21ème siècle… C’est un peu réinventer l’histoire et oublier que cette violence a existé à d’autres époques (voir la fameuse révolte de 1883 au collège Louis Legrand à Paris).

C’est dans ce cadre là, et pour défendre la vision pessimiste et négative de la jeunesse que nous souhaitons contribuer au cahier de doléances mis en place par les Etats Généreux de l’enfance. La France aurait la jeunesse la plus triste du monde…

Et si nous envisagions de changer notre regard sur cette jeunesse ? Si nous leur offrions un message d’espérance ? Voilà le pari du programme Education à la Paix de l’association Initiatives et Changement.

Mis en œuvre principalement dans les banlieues françaises, ce programme souhaite offrir aux jeunes de primaire, collège et lycée, un espace de parole où ils seront entendus, écoutés, respectés. Bientôt 6 ans qu’il existe et plus de 5000 jeunes et adultes étonnés de découvrir combien le simple fait d’échanger dans le respect mutuel aide à prévenir les conflits du quotidien.

Créer des espaces de parole où chacun a le droit de se dire, avec ses mots, son langage, son histoire, sans se sentir évalué. Mener des débats philosophiques, faire des jeux de théâtre sur les situations de conflit, découvrir que les adultes, tout comme les jeunes, vivent des conflits du quotidien qui ne sont pas plus faciles à régler… C’est ce qui fait le quotidien du programme Education à la Paix. Et ça marche ! Combien de jeunes nous ont dit que l’ambiance de la classe avait changé depuis qu’ils avaient parlé vrai ! Combien ont dit être étonnés de découvrir telle passion d’un camarade qu’ils ignoraient ? Prendre le temps de se connaître et de s’apprécier sans passer uniquement par les notes…

De par notre expérience de terrain et surtout grâce aux témoignages des élèves et des parents, nous pensons que pour aider cette jeunesse à se construire nous nous devons de :

  • Travailler en collaboration avec tous les acteurs éducatifs (parents, enseignants, éducateurs, animateurs…)
  • Développer la formation des enseignants en la basant sur la relation éducative avec le jeune et plus spécifiquement sur la façon dont on peut l’aider dans la construction de son identité.
  • Proposer à chaque établissement scolaire un projet pédagogique sur la place des parents dans l'école. L’établissement scolaire est trop souvent identifié comme le lieu de l’évaluation, de la mise à l’écart, de la sanction. Pourquoi ne pas utiliser la richesse de ce lieu comme terrain d’échange ?
  • Proposer un suivi personnalisé des élèves en très grande difficultés qui ne se fasse pas uniquement sur le savoir mais qui permette, au contraire, au jeune de prouver qu'il a un talent, une force, au-delà de ses difficultés scolaires.
  • Redonner confiance à ces jeunes qui vivent chaque année scolaire comme un échec, de la maternelle à la 3ème jusqu'à ce qu'on leur propose de les orienter autre part...
  • Apprendre à communiquer positivement et à valoriser les filières parallèles (BEP ou autres) pour donner aux jeunes le désir de choisir ces filières et non d'en faire le lieu de punition, de rejet, de stigmatisation.
    Parents, enseignants, éducateurs, animateurs, nous avons tous le même projet pour nos jeunes : mutualisation nos efforts pour donner aux jeunes des raisons d’espérer.

 

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.