Bilan des Etats Généraux de la sécurité à l’Ecole

Les 7 et 8 avril 2010, se sont tenus les états généraux de la sécurité à l'école à la Sorbonne à Paris. Des professionnels de l'éducation et des partenaires associatifs se sont rassemblés pour échanger et présenter des mesures concrètes.

Initiatives et Changement était présent par le biais de la Coordination Française pour la Décennie, dont nous sommes administrateur et membre de la commission éducation, qui avait un représentant sur place les deux jours.

Ces états généraux ont été très largement couverts par les médias, avant la tenue de ces rencontres, pendant et après. Tous les interventions, discours, articles, sont disponibles sur le site : http://les-etats-generaux-de-la-securite-a-l-ecole.education.gouv.fr/pid...

Quelques impressions d'Yvette Bailly, Viice présidente de la coordination décennie pour la paix, présente aux états généraux de la sécurité à l’école « comprendre, prévenir, agir »

« Les états généraux ont réuni 800 personnes environ. Etaient présents, autour du comité scientifique mené par Eric Debardieux et composé de divers experts internationaux, de très nombreux personnels du ministère de l’éducation, beaucoup de recteurs, d’inspecteurs, chefs d’établissement de collèges et de lycées, des professeurs d’université, des chercheurs, les différents syndicats enseignants, les syndicats lycéens, les associations de parents d’élèves, la MGEN, la Ligue de l’Enseignement, les CEMEA, des policiers, des personnels de la justice….. Le public était à 90 % masculin, (les intervenants aussi) composé de personnes en fin de carrière pour la plupart. Les médias étaient très présents. Luc Chatel est resté pendant toute la durée des états généraux, deux autres ministres ont été présents ponctuellement, Brice Hortefeux ministre de l’Intérieur, est intervenu 10 minutes en discours de clôture, Mme Alliot Marie, la garde des sceaux, ministre de la Justice a participé à l’atelier sur « Quels partenariats locaux contre la violence ».
Quelque soit l’analyse politique que chacun peut faire, on peut constater que le ministre de l’éducation veut prendre au sérieux la violence à l’école et a pris les moyens d’organiser ce temps de débat pour comprendre, prévenir, et agir.

J’ai pu constater que les discours sécuritaires étaient très minoritaires, à part l’intervention de Brice Hortefeux, et celle d’Alain Bauer criminologue, président du Centre d’Orientation de l’Observatoire National de la Délinquance, réputé pour ses propos réactionnaires, tous les intervenants insistaient sur la nécessité de faire de la prévention. Russel Skiba, un spécialiste de la violence scolaire aux Etats unis est intervenu en séance plénière et aussi en atelier pour expliquer que la tolérance zéro dans les établissements scolaires américains, avec vidéo surveillance, portique, exclusion définitive ,… était un échec.

Les idées principales qui ont traversé les débats

  • il y a quelques cas de violences graves dans les établissements scolaires, cela reste exceptionnel
  • dans le quotidien ce sont plutôt des microviolences qui dégradent le climat de l’établissement
  • les élèves sont auteurs de violences mais sont aussi les premières victimes de violence
  • la dégradation des conditions de l’exercice du métier d’enseignant participe à une certaine violence institutionnelle envers les élèves et les personnels (réduction du nombre d’enseignants, globalement diminution de la présence d’adultes, suppression des dispositifs d’aide, inquiétude sur la nouvelle organisation de la formation des enseignants….)
  • le droit et les principes démocratiques ne sont pas toujours respectés à l’intérieur de l’école notamment lors des conseils de discipline

Des solutions existent

  • des équipes stables qui travaillent ensemble autour de projets d’établissements en lien avec les structures de quartier et les parents d’élèves
  • davantage de formation spécifiques sur la gestion de la classe, et l’apprentissage à la citoyenneté pour les élèves
  • un travail permanent sur le règlement intérieur, sur la graduation des sanctions, sur la cohésion de tous les adultes dans l’application des règles, le défi face aux élèves difficiles est le maintien dans l’institution plutôt que leur exclusion, développer la formation des élèves délégués, la médiation entre pairs
  • lutter contre l’échec scolaire et la mobilisation de tous les élèves dans les apprentissages et l’envie d’apprendre
  • travailler sur des nouveaux outils pour mesurer la violence, sécuriser davantage les abords de certains établissements par la lutte contre les trafics, contre les bandes violentes et les intrusions dans les établissements

« Tout a été dit, tout reste à faire » Voila le commentaire de Philippe Merieu à l’occasion des Etats Généraux. Effectivement je pense qu’on peut se retrouver en accord avec le discours majoritaire de ces états généraux, j’ai relevé plusieurs éléments. Luc Chatel dans sa conclusion a annoncé qu’il allait renforcer la formation à la gestion des conflits dans la formation initiale des enseignants, et lors de la première année de prise de fonction les enseignants auront une formation sur la gestion de la classe. Plusieurs intervenants ont souligné l’importance de l’acquisition des compétences psycho sociales des enfants du primaire (estime de soi, le respect, l’acceptation de la différence, travail sur le vocabulaire et sur ses émotions…) pour aider à prévenir la violence. Les différents chercheurs du comité scientifique ont souligné l’importance du soutien mutuel entre enseignants et la diffusion rapide de bonnes pratiques . C’est l’objectif que nous poursuivons avec la mise en place du réseau école. La question de l’élaboration des règles communes et de la sanction, sujet sur lequel on travaille depuis longtemps, a été évoqué à plusieurs reprises. »