Le prix de la Fondation Jacques Chirac pour la prévention des conflits remis à l’imam Ashafa et au pasteur Wuye, en présence de l’ancien président français, de Kofi Annan et de Nicolas Sarkozy

L'imam Ashafa et le pasteur Wuye reçoivent le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits dans le Grand Amphitheâtre de La Sorbonne (Photo: Laurence Le Moing)L'imam Ashafa et le pasteur Wuye reçoivent le prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits dans le Grand Amphitheâtre de La Sorbonne (Photo: Laurence Le Moing)

La fondation Jacques Chirac a remis vendredi 6 novembre à Paris son premier prix pour la prévention des conflits à l’imam Muhammad Ashafa et au pasteur James Wuye, membres du réseau d’Initiatives et Changement International, en présence de l'ex-secrétaire général de l’ONU, le Ghanéen Kofi Annan, et du président français, Nicolas Sarkozy.

 

 

Dans le cadre prestigieux du grand amphithéâtre de l'université parisienne de la Sorbonne, M. Chirac a rendu hommage à l'imam Muhammad Ashafa et au pasteur James Wuye. Ce sont « deux anciens adversaires [...] qui ont su remettre en cause le recours à la violence pour se consacrer à la réconciliation des cœurs et des esprits, dans un Nigeria en proie aux violences ethniques », a expliqué Jacques Chirac.

Dans son discours, l'ancien président a loué à travers eux ces « éclaireurs », ces « vigies de la paix » qui « nous prouvent que le meilleur est possible » et « montrent qu'on peut changer le monde …[Les lauréats] ont su remettre en cause le recours a la violence. » Il a souligné l’importance de « discerner les braises de la haine où qu’elles puissent couver » et « d’aider toutes celles et tous ceux qui peuvent les éteindre, qui dissipent les malentendus et qui suscitent à temps la réconciliation ».

L’ancienne ministre d’État Simone Veil, qui a remis le premier prix - doté de 100 000 euros a salué l'action des lauréats, mais aussi l'engagement de Jacques Chirac en faveur de la paix : « Il fallait de l'imagination, il fallait beaucoup de confiance en l'homme, il fallait beaucoup d'espoir », a souligné l'ancienne ministre, membre du jury. Kofi Annan a quant à lui remis le prix spécial du jury à l'ancien ministre sud-coréen de l'Unification Park Jae-Kyu, qualifié par Jacques Chirac « d’inlassable artisan du dialogue avec la Corée du Nord », pour avoir oeuvré « à la meilleure compréhension entre les deux Corée ».

Il a rendu hommage aux trois lauréats inscrivant leur action dans la lignée d'un Gandhi, d'un Martin Luther King ou d'un Nelson Mandela et de la politique de la force faible. « La paix n’est pas seulement une affaire de conférences internationales », a-t-il rappelé. « Elle est parfois humble comme un repas partagé. Elle se construit laborieusement d’abord dans le cœur des hommes et des femmes », a-t-il encore souligné. Il a salué les lauréats pour leur contribution exemplaire à la construction d’un monde meilleur.

Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac félicitent l'imam et le pasteur pour leur action (Photo: Laurence Le Moing)Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac félicitent l'imam et le pasteur pour leur action (Photo: Laurence Le Moing)

« Je crois à la primauté du droit sur la force. Je crois en la vertu du dialogue. En clair, je crois en l'homme », a noté Jacques Chirac. « Plus que jamais, il nous faut des militants de la paix qui soient issus de la société civile. Car l'action politique, si elle a exige vision et hauteur de vue, a aussi besoin de relais, de passeurs », a-t-il ajouté.

« Il y a peut-être d'avantage de mérite à éviter un conflit qu'à tenter de résoudre un conflit déjà engagé », a renchéri l'actuel chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, venu clôturer la matinée. Il s'est saisi de l'occasion pour militer en faveur d'une réforme du conseil de sécurité de l'ONU où l'Afrique et l'Amérique latine ne sont pas représentées.

L'imam et le pasteur félicités par Mohamed Sahnoun et Alan Channer (Photo: Mary Winstanley  Channer)L'imam et le pasteur félicités par Mohamed Sahnoun et Alan Channer (Photo: Mary Winstanley Channer)En présence de Mohamed Sahnoun, ancien président d’I&C International et président du Forum de Caux pour la sécurité humaine, et du réalisateur du film, le britannique Alan Channer, de FLTfilms qui a produit le documentaire L’imam et le pasteur (dont une partie a été projetée pendant la cérémonie), les deux religieux, anciens chefs de milices adverses, se sont dit extrêmement « honorés » par leur distinction. Ils ont remercié Initiatives et Changement International pour leur soutien et ont fait référence à leur partenariat présent et à venir avec FLTfilms.

L’imam Ashafa a ensuite rappelé que « si on veut la paix, on doit être prêt à la faire ; et sans le pardon, il ne peut y avoir de véritable paix ». Il a incité la communauté internationale à s’engager davantage et à soutenir les systèmes d’alerte et de réponse précoces pour prévenir les conflits, tels que ceux que les deux lauréats s’efforcent de mettre en place au Nigeria, et aussi, plus récemment au Kenya et dans d’autres pays en Afrique. Dans la même ligne, le pasteur Wuye a quant à lui appelé l’Organisation des Nations Unies (ONU) à instituer une Journée Internationale du Pardon. Il a conclu son intervention en déclarant « Peace be with you ».

Des posters de l'imam Ashafa et du pasteur Wuye seront affichés cette semaine sur l'avenue des Champs Elysées, à Paris et une exposition de photos est prévue en partenariat avec la Fnac ainsi que la publication d’un livre courant 2010.

>>> Plus d’informations sur L’imam et le pasteur
>>> Lire le discours de Jacques Chirac
>>> Plus d'informations sur la Fondation Chirac et le Prix pour la prévention des conflits

 

Réponses des lauréats et réactions des producteurs du film L’imam et le pasteur

Par Susan Korah

Dans leur discours d’acceptation, Ashafa et Wuye ont mentionné - et remercié – deux organisations, en plus de leur propre association au Nigeria : FLTfilms, la société productrice du documentaire, et Initiatives et Changement International, qui contribue à la diffusion du film dans le monde entier.

Alan Channer (au centre), co-producteur de L'imam et le pasteur et l'imam Ashafa lors d'une interview (Photo : Mary Winstanley Channer)Alan Channer (au centre), co-producteur de L'imam et le pasteur et l'imam Ashafa lors d'une interview (Photo : Mary Winstanley Channer)Produit par Alan Channer et Imad Karam, L’imam et le pasteur a été lancé dans l’enceinte des Nations Unies à New York en novembre 2006. Le film continue d’être utilisé avec succès dans de nombreux pays par des programmes d’éducation à la paix qui diffusent le message des deux protagonistes. 

La Fondation Chirac a reconnu le rôle de FLTfilms en invitant les réalisateurs à la cérémonie de remise du prix. « Je suis très heureux d’apprendre que l’imam Ashafa et le pasteur Wuye ont reçu ce prix, a déclaré Imad Karam lors d’une interview téléphonique dans les studios de FLT à Londres. Cet honneur rejaillit aussi sur nous. »

Ravi d’apprendre la nouvelle, Channer a commenté : « J’ai reçu un texto au Kenya alors que je tournais un rajout pour le film L’imam et le pasteur, a-t-il dit. Et je me suis aussitôt souvenu d’un conseil que m’avait donné le pasteur James : il faut apprendre à être à l’aise sur le tapis rouge comme sur le tapis de boue ! » Ce que Channer a fait avec un certain aplomb le jour de la cérémonie à la Sorbonne en montant le tapis rouge vers l’estrade et en engageant une conversation avec Koffi Anan, l’ancien secrétaire général des Nations Unies.

Le documentaire joue un rôle important pour faire connaître le message d’Ashafa et de Wuye et leur travail pour la paix sur le terrain et Channer ajoute : « Nous étions le seul media occidental présent sur place pour rendre compte du moment historique lorsque les Nigérians ont annoncé l’accord de paix dans l’État du Plateau. Nous avons tourné le film en veillant à ce que les Nigérians puissent se l’approprier entièrement. C’est pour cela qu’il peut être présenté à la communauté internationale comme une étude de cas et que sa méthodologie peut être utilisée comme modèle

Karam et Channer se disent aussi très reconnaissants à l’équipe qui a tourné le film et précisent que l’ONG Initiatives et Changement International déploie de grands efforts pour le diffuser et faire connaître le message des deux lauréats de la Fondation Chirac.

Pour plus de renseignements, voir www.fltfilms.org.uk