Le goût de la vie

Nous devons revenir aux choses vraies. Pour les agriculteurs, cela signifie pouvoir produire des aliments sains et simples. Pour les consommateurs, payer le prix juste pour ces aliments. L’étiquetage doit être transparent : nous devons savoir ce que nous mangeons. Les additifs artificiels sont trompeurs et peuvent constituer un danger pour la santé publique. Revenons à l’essentiel et au goût originel. Notre rôle de citoyens est d’exiger une nourriture saine et simple, accessible à tous. Nous vivons dans l’insécurité, et c’est le moment de découvrir ce qui donne du goût à notre vie.

Je me tenais dans le rayon sucre au supermarché. Au lieu de me baisser directement pour attraper un paquet de sucre de canne, je me suis arrêtée pour regarder toute l’étagère des sucres. J’ai été choquée de voir que la moitié des produits ne contenait pas de sucre, mais des édulcorants artificiels comme l’aspartame. En observant les personnes qui mettaient certains de ces produits dans leur caddie, je me demandais si elles savaient que l’utilisation des édulcorants artificiels est très discutée.

La réponse est probablement non, car l’usage d’aspartame est très fréquent dans les produits dits « légers » ou « sans sucre ». C’est un peu décevant : ces produits, apparemment bons pour la santé, le sont-ils vraiment ? Ne devrions-nous pas regarder de plus près les études sur le risque que constitue l’aspartame pour la santé des consommateurs ?

Si nous nous penchons sur la question (le mot aspartame sur Google conduit à des centaines de milliers de résultats), nous remarquons qu’il n’y a pas autant de débat que ce que nous espérions. Il suffit d’un clic pour passer de l’édulcorant artificiel aux exhausteurs de goût. Ces derniers ne sont pas bons pour la santé non plus, même si la lettre E (qui veut dire « approuvé par l’Union Européenne ») figure dans leur nom. Par exemple l’exhausteur de goût E621 (Glutamate mono sodique) est présent dans beaucoup de produits alimentaires, et dans presque tous les plats préparés. Je suis moi-même allergique à cet ingrédient et je peux vous dire qu’il est très difficile de trouver des produits, comme un cube de bouillon déshydraté par exemple, qui n’en contient pas. Il faut aller dans un magasin bio pour en trouver. Fait intéressant : un producteur connu de saucisses fumées hollandaises a annoncé l’hiver dernier qu’il remplaçait les ingrédients artificiels donnant du goût à ses saucisses par des ingrédients naturels !

Nous, les consommateurs, sommes trompés sur la marchandise. Les étiquettes mensongères vantent « le choix sain », et si le produit contient moins de graisse et de sucre, il est plein d’additifs mauvais pour la santé.

Pourquoi ces additifs sont-ils nécessaires ? Est-ce parce que notre nourriture a perdu tant de goût ? Ou est-ce parce que l’industrie agro-alimentaire essaie de produire à moindre coût, avec moins de sucre et de graisse ? Ou est-ce que le sol utilisé pour la culture est de moins en moins sain ? Ou est-ce parce que nos aliments n’ont pas le temps de mûrir ? Au lieu rechercher les raisons pour lesquelles nos aliments ont perdu de leur saveur, nous constatons l’apparition de substituts tels que les exhausteurs de goût. Une tomate d’un rouge éclatant mûrie par le soleil n’a pas besoin d’additifs et une carotte issue de l’agriculture biologique non plus.

Ingrid Franzon, nutritionniste suédoise, est convaincue que les maladies modernes apparues en Europe ainsi que nos problèmes de santé sont tous des signes que nous avons pris le mauvais chemin. Le cancer bien entendu, mais aussi le syndrome de la fatigue chronique ou l’encéphalomyélite myalgique (SFS, ME), l’obésité, la stérilité, les allergies. Ce sont des signaux d’alarme qui devraient nous faire réfléchir sur notre façon de vivre et nos habitudes alimentaires.

En octobre dernier, des consommateurs, agriculteurs et spécialistes de l’agro-alimentaire venant de 11 pays d’Europe ont participé à une conférence à Bologne, en Italie, sur la nourriture et une alliance a été formée : le réseau pour la durabilité et la nourriture. Elle organisera en partie la conférence « Confiance et Intégrité dans l’économie mondiale » qui aura lieu du 24 au 29 Juillet 2009 au centre de conférences d’Initiatives et Changement à Caux, en Suisse. Les questions abordées seront: les relations entre la nourriture, la santé, la durabilité, la sécurité alimentaire, les responsabilités de l’agro-industrie, le commerce équitable, le rôle des agriculteurs et des consommateurs. Ce sera une occasion pour entamer des actions en commun.

Avant que le monde se retrouve en état de crise financière et économique, nous avons eu la crise alimentaire. Ce qui s’applique à la crise économique s’applique aussi à la crise alimentaire. Nous pouvons en tirer des leçons. Nous devons revenir aux choses vraies. Pour les agriculteurs, cela signifie produire des aliments sains et simples. Pour les consommateurs, payer le prix juste pour ces aliments. Pour les distributeurs, plus de transparence sur les étiquettes : nous devons savoir ce que nous mangeons. Les additifs artificiels sont trompeurs, ils peuvent constituer un danger pour la santé publique. Revenons à l’essentiel et au goût originel.

L’ironie dans cette situation, pourtant, c’est que la nourriture bio est plus chère par rapport aux aliments qui polluent l’environnement et sont mauvais pour la santé. On pourrait dire que c’est une mauvaise gestion des ressources. L’argent que nous pourrions économiser sur la nourriture, nous le dépensons en soins médicaux. Cela fait partie de notre rôle de citoyens d’exiger une nourriture saine et simple, accessible à tous. Nous vivons dans l’insécurité, et c’est le moment de découvrir ce qui donne du goût à notre vie.

N.B : Des individus de toutes cultures, nationalités, religions et croyances sont impliqués et actifs avec Initiatives et Changement. Ce texte représente le point de vue de l’auteur, pas nécessairement de toute l’organisation Initiatives et Changement.

Hennie de Plous-de Jonge, hollandaise, travaille avec I&C et elle participe activement aux dialogues interculturels et interreligieux, ainsi qu’aux initiatives de créateurs de paix. Elle est l’auteur de Reiken naar een nieuxe wereld (S’ouvrir à un monde nouveau), un livre sur l’histoire du Groupe d’Oxford, du Réarmement Moral et d’Initiatives et Changement au Pays-Bas depuis 1924. Elle est mariée à Johannes de Pous, ils ont trois enfants, déjà adultes.